La crise du Darfour
Darfour est une région agropastorale habitée par une population musulmane d'origine arabe et africaine. Avant d'être annexée au Soudan, cette province était sous protectorat de l'empire musulman ottoman ; elle était placée sous l'autorité du Sultan Ali Dinar lequel offrait chaque année l'habit de la Ka'ba et la nourriture à un grand nombre de pèlerins. C'est son nom qui a été donné aux gorges de Médine : Abiar Ali (les puits de Ali), là où les pèlerins se rendant à la Mecque doivent se mettre en tenue de sacralisation. A la suite de l'assassinat du Sultan par des agents anglais en 1916, le Darfour fut annexé au Soudan, alors sous condominium anglo-égyptien.
En effet, il n'y a pas de conflit racial. Par contre, il y a un conflit entre nomades et sédentaires qui se disputent les pâturages et les terres cultivables. Les sédentaires veulent garder la jouissance des terres agricoles qu'ils labourent à chaque saison de pluie. Mais ils ne peuvent plus surveiller ces terres comme ils le faisaient quand ils étaient nomades, ce qui rend facile leur piétinement par des troupeaux appartenant généralement à des nomades, d'où les querelles entre les bergers et les agriculteurs. Les aires de pâturages sont également l'objet de disputes entre les uns et les autres. Cependant, tous ces problèmes se réglaient pacifiquement au cours de réunions entre notables. A part ces disputes, il n'y avait pas d'animosité entre les tribus ; celles-ci, en plus de leurs relations de coopération agropastorale, avaient l'habitude d'établir des liens de famille par le mariage, si bien que l'on trouve des arabes et des africains appartenant à une même famille regroupant à la fois des nomades et des sédentaires.
L'ingérence des autorités et des marchands de canons a malheureusement bouleversé les traditions tribales de fraternité et de règlement amiable des conflits. Les tribus se battaient à coups de bâtons, de couteaux et de lances, mais il y avait rarement mort d'homme et le crime de sang était vite réglé par le pardon et le dédommagement ; Maintenant, c'est à coups de Kalachnikov que les tribus règlent leurs différends et il n'y a ni discussion ni pardon ni réparation.
Sans doute, Khartoum a armé les Janjawids, mais qui a armé les mouvements rebelles ? Qui a armé le mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) ? Qui a armé le mouvement pour la liberté du Soudan (MLS) ? Qui s'emploie à attiser la zizanie tribale entre les Massalits, les Arawas, les Noubas d'un côté et les Janjawids de l'autre ? Ce sont les marchands de canons avec la complicité de certains Etats. Les ambitions politiques des uns et la soif du gain des autres ont fait basculer la région dans une guerre civile qui a fait près de 50 000 morts et 1, 2 million de déplacés. Le lobby judéo-protestant ne cesse de faire pression sur Georges W Busch pour une intervention militaire au Soudan. La revue koweïtienne al-Mujtamaa du 21.8.2004 révèle que des hôtes de marque ont rendu visite au président Georges W Bush le lendemain de son élection et lui ont demandé d'intervenir militairement au Soudan. La même revue fait état d'une pétition signée par 35 responsables du mouvement évangélique jugeant insuffisantes les sanctions économiques proposées par Washington contre le Soudan et demandant une intervention militaire dans ce pays. Le congrès américain a voté en juillet une motion taxant de génocide ce qui se passe au Darfour.
Rappelons que le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté le 30 juillet dernier une résolution mettant le Soudan en demeure de mettre fin dans les 30 jours « aux atrocités dans sa province du Darfour sous peine de sanctions. »
La résolution exige que le Soudan arrête et juge les personnes responsables des atrocités.
Dans ce branle-bas médiatique sur la crise du Darfour, on ne parle que des exactions perpétrées par les milices arabes Janjawids. Les exactions et les attaques lancées par les mouvements rebelles, comme celle lancée récemment contre la ville d'Al-Facher qui a fait près de 1100 morts et d'énormes dégâts matériels, sont à peine évoquées. Ces attaques ont poussé le gouvernement de Khartoum à suspendre les négociations.
Outre les attaques à répétition qui constituent un obstacle majeur au retour de la paix, les rebelles compliquent les pourparlers en posant des conditions difficiles à réaliser. Parmi ces conditions, figurent le désarmement des milices arabes, le libre accès à une commission d'enquête internationale sur les assassinats, la poursuite et le jugement des responsables d'exactions, la libération des prisonniers de guerre, le libre accès des organisations humanitaires aux populations du Darfour, la participation de médiateurs plus neutres, estimant que l'Ethiopie n'est pas neutre en raison de ses bonnes relations avec le Soudan.
Ils ont quitté la table des négociations le 17 juillet à Addis Abeba. Ils exigent le désarmement des Janjawids, sans qu'ils soient eux-mêmes désarmés. Logiquement, quand on veut la paix, on doit assouplir ses conditions et modérer son attitude.
Il reste à savoir si le gouvernement de Khartoum est capable de désarmer les milices ?
D'après le président Obasanjo : « Le gouvernement pourrait ne pas être capable de désarmer pacifiquement les rebelles. C'est là que l'aide de l'UA pourrait s'avérer nécessaire. »
Ce dernier ajoute : « L'argument du gouvernement, c'est : « Si nous les désarmons (les milices), nous devons faire en sorte que les rebelles soient désarmés »
On s'ingénie à semer la division entre les musulmans arabes et les musulmans africains, les musulmans blancs et les musulmans noirs, à accréditer l'idée que les Arabes tuent les Africains ; ce qui explique l'isolement, plutôt l'indifférence des musulmans d'Afrique noire par rapport à l'ensemble du monde musulman et en particulier du monde arabe, comme si les problèmes de la Palestine, d'al-Aqsa, de l'Irak, de l'Afghanistan, ne les intéressaient pas. Alors qu'un hadith du prophète (s) dit : « Celui qui ne s'intéresse pas aux affaires des musulmans n'est pas des leurs. » En réalité, le gouvernement de Khartoum et les Janjawids ne sont pas les seuls responsables de cette crise. La responsabilité incombe aussi aux rebelles qui ne cessent de commettre des exactions ainsi qu'à ceux qui les ont armés. Quant à l'accusation de génocide, elle est dénuée de tout fondement. L'objectif derrière tout cela est d'occuper le Soudan, de s'approprier ses richesses et de christianiser son peuple. Plus de trente organisations missionnaires activent au Darfour. Les sionistes s'intéressent au Soudan dans le but de mettre la main sur les eaux du Nil, de vendre les armes et surtout détourner l'attention des crimes d'Israël en Palestine. Dans cette perspective, ils mènent campagne aux Etats-Unis contre ce qu'ils appellent ''le nouvel holocauste africain'' du Darfour, visant à provoquer une intervention militaire dans la région.
Le ministre soudanais des affaires étrangères déclare être en possession de preuves formelles sur le soutien par Israël des rebelles au Darfour. De fait, ces man½uvres tous azimuts visent à préparer l'opinion à une intervention militaire au Darfour dont les gisements d'uranium et des hydrocarbures font couler beaucoup de salives.